Un site à l’intérêt scientifique majeur
Figurant parmi les régions françaises présentant la plus forte densité de sites paléolithiques, le Bassin de Brive est un haut lieu de la Préhistoire française comme en témoignent les fouilles des grottes et abris conduites dans la vallée de la Planchetorte au 19e siècle et au début du 20e siècle. Ces gisements, fouillés avec les techniques de l’époque, ont participé à la construction chronologique de la Préhistoire tandis que de nombreux noms de sites locaux, situés dans les environs immédiats de la Grotte Bouyssonie ou dans les vallées dépendantes (Planchetorte, Courolle), ont intégré la typologie française voire mondiale (Font-Robert, Font-Yves, Noailles, Le Raysse, etc.).
Cependant, dans la seconde moitié du 20e siècle, les fouilles de sites préhistoriques en Corrèze se sont raréfiées, alors que l’archéologie était en pleine mutation et que ses techniques se précisaient. En outre, la manière dont les données ont été recueillies lors des fouilles anciennes ne permet plus de comprendre la nature initiale des dépôts archéologiques. Le renouveau des connaissances sur le Bassin de Brive nécessitait donc, en plus d’une reprise des études des collections anciennes, un retour sur le terrain dans le cadre de fouilles conduites selon les techniques récentes.
Clichés Emilie Lesvignes.
Comptant parmi les rares chantiers d’archéologie programmée en France pour la Préhistoire, la Grotte Bouyssonie joue dès lors un rôle clé puisqu’il s’agit d’un site exceptionnellement préservé (notamment pour les restes de charbon) qui, pour la première fois, peut être fouillé avec les techniques pluridisciplinaires modernes, précises et complexes.
Or, les données mises au jour renouvellent profondément la perception que l’on avait du Bassin de Brive durant la Préhistoire et bénéficient à l’ensemble de la discipline préhistorique.
En effet, alors que cette zone était réputée ne contenir que des sites à occupations courtes ou uniques, les opérations menées pendant 10 ans sous la direction de Damien Pesesse et, depuis 2020, sous la direction de Vincent Delvigne, d’Émilie Lesvignes, Lukas Dijkstra et de Mathieu Langlais ont mis en évidence une succession d’occupations humaines exceptionnelles pour la région ; une douzaine d’occupations, échelonnées entre 33 000 et 5 000 ans avant le présent, y a ainsi été relevée.
Par ailleurs, les études réalisées sur ce site permettent de mieux comprendre les stratégies des groupes du Paléolithique supérieur (-35 000 ans à -10 000 ans avant nous), notamment à travers une étude poussée de la circulation des matières premières, mais aussi de percevoir le rôle de carrefour joué par le Bassin de Brive dans l’espace aquitain à la fin des temps glaciaires, rôle largement sous-estimé jusque-là.
Les données recueillies sont riches, en outre, en informations pour la connaissance du paléo-environnement et érigent la Grotte Bouyssonie en référence sur cette question pour tout le sud de la France. Inédite, l’étude croisée des restes (charbons, graines, pollens, etc.) offre ainsi un aperçu de l’environnement préhistorique dans le Bassin de Brive et de la gestion humaine de ce milieu. Les études des sédiments permettent, elles, d’établir un référentiel sur l’évolution des cavités dans le Bassin de Brive, référentiel qui bénéficie à la compréhension des cavités fouillées anciennement et qui sert de modèle pour des contextes géologiques similaires d’abris creusés dans les grès.
Enfin, la séquence magdalénienne découverte sur le site éclaire de manière inédite les premiers temps du Magdalénien en Corrèze. En effet, la Grotte Bouyssonie constitue l’un des rares sites en France où des occupations contemporaines de Lascaux sont encore préservées. La fouille des niveaux magdaléniens lors des prochaines années s’avère dès lors primordiale pour comprendre non seulement les comportements sociaux des hommes mais également pour éclairer la chronologie des temps paléolithiques pour cette période charnière du début du Magdalénien.
La Grotte Bouyssonie est donc un gisement riche et au cœur des problématiques scientifiques actuelles. Les données qui sont issues de ce chantier archéologique ouvrent de surcroît de nombreuses perspectives de relecture des fouilles passées et des collections anciennes comme celles conservées au musée Labenche. Aussi, les résultats des études conduites sur ce site sont-ils attendus par la communauté scientifique nationale et internationale.
Clichés Emilie Lesvignes.