Les archéologues souhaitent, grâce à cette exposition, révéler et transmettre la connaissance à propos de la
biographie fonctionnelle des outils en silex, c’est-à-dire la compréhension des différentes fonctions qu’ont pu avoir ces objets taillés : depuis leur fabrication, puis leur(s) utilisation(s) et usage(s), jusqu’à leur(s) réemploi(s), avant leur abandon sur le site. Parties prenantes de leur biographie, mais non présentés au sein de cette exposition, il y a aussi tous les processus qui interviennent au cours de l’enfouissement des vestiges, entre leur abandon il y a 19 500 ans et leur découverte de nos jours. C’est ce que l’on appelle les phénomènes taphonomiques, ou post-dépositionnels (après dépôt).
À travers cette exposition, créée à partir de visions complémentaires et de l'imagerie scientifique sur la Préhistoire, il s'agit de montrer les différentes échelles d'observation et la diversité des méthodes scientifiques qui s'appliquent sur chaque vestige, jusqu'à leur mise en commun :
depuis une étude individuelle vers une compréhension collective des pratiques du passé. L’archéologie est une science qui conjugue différentes approches, compétences, techniques et méthodes.
Il s'agit aussi de mettre en lumière des
gestes et techniques anciens déjà très élaborés, ainsi que des savoir-être à l'environnement durant la Préhistoire : loin de survivre dans un milieu hostile, les hommes et femmes confectionnaient des outils dédiés à des activités spécifiques, issus de savoir-faire patiemment acquis et transmis, à partir de matériaux choisis avec attention.
Par effet miroir, cette exposition souligne aussi une
forte relation à l'objet, toute particulière chez les archéologues car les ensembles de vestiges, souvent inertes, sont les seuls témoignages matériels qui nous permettent d'approcher les modes de vies du passé.
Méthodes, études et échelles d'observation
Ces trois panneaux didactiques représentent chacun une méthode d'étude (ou discipline scientifique) employée par l'équipe de recherche de la grotte Bouyssonie, partie prenante du projet BigBlade, pour questionner différents aspects des vestiges lithiques découverts sur le site archéologique.
Ces triptyques sont destinés à montrer
la forte complémentarité des méthodes et analyses qui sont appliquées aux vestiges et qui participent à la construction du discours scientifique : la recherche en Préhistoire est collective et chaque chercheur/se apporte le fruit de ses observations afin d'appréhender les activités et pratiques dont il ne reste aujourd'hui que d'infimes traces, exceptionnellement conservées.
Chaque méthode met en œuvre plusieurs moyens techniques. Il s'agit ici de photographie et de microscopie, qui permettent l'observation et la prise de mesure.
Ces différentes échelles d'observation conjuguent et révèlent l'importance de la diversité des points de vue portés sur les objets de recherche, sans laquelle l'accès à une connaissance fiable et précise serait illusoire.
Les résultats de la recherche scientifique sont souvent traduits dans les médias par des schémas et des diagrammes complexes, par des mots savants et des conclusions univoques, quand ils ne sont pas résumés voire abrégés tout en posant le discours scientifique comme un argument d'autorité.
Pour cette exposition, les chercheur/ses ont souhaité montrer un échantillon de leur travail au quotidien, par l'imagerie scientifique à laquelle ils et elles sont constamment confrontés. Elle est donc constituée de photographies et de micro-photographies réalisées au moment même de l'observation, comme un instantané pris dans l’œil du chercheur/se. Dans la recherche scientifique - et en particulier en archéologie -,
la photographie est un moyen technique fondamental pour administrer les preuves : il s'agit de documenter les faits, de donner à voir pour démontrer, et ce au-delà même de l'aspect esthétique de la documentation.
Les légendes et contenus détaillés de ces trois panneaux d’exposition sont téléchargeables en PDF en bas de page.
Histoires d’objet...
Pièce archéologique découverte en 2017 à la Grotte Bouyssonie, Brive-la-Gaillarde.
Fouilles D. Pesesse (2008-2018), carré L11, décapage 32, pièce n°1065.
Cette pièce en silex provient d’un ensemble de vestiges appartenant à une période que les archéologues appellent le « Magdalénien moyen ancien », aujourd’hui reconnue dans tout le Sud-Ouest de la France entre 19 500 et 17 500 ans avant le présent.
La
lame de silex apparaît comme un objet structurant tout au long de la période magdalénienne, et ce dès les premières études menées par les préhistoriens et préhistoriennes de la fin du XIXe siècle : G. De Mortillet écrira en 1885 que « les lames sont si nombreuses qu’elles en deviennent presque caractéristiques ». La
polyvalence de cet outil conduit les communautés à l’employer dans diverses activités quotidiennes, et l’absence de conservation des matériaux organiques (peaux, bois, végétaux) fait parfois de ce type d'objets l'un des seuls
témoins d'actions vieilles de 19 000 ans.
La
fabrication de ces outils participe aussi à la structuration de l'espace : les communautés peuvent certes employer des ressources en silex disponibles dans leur environnement immédiat, mais l'exigence de la production de grandes lames, qui se développe à partir de cette période, restreint fortement les possibilités : seulement quelques gîtes de matières premières présentent des blocs de grandes dimensions (par exemple, le silex du Grand-Pressigny dans la région de Tours, le silex dit du "Bergeracois" dans les environs de Bergerac, ou le silex dit "Grain de Mil" de la région de Saintes-Jonzac).
Ainsi, la
production de grandes lames se retrouve segmentée dans l'espace et le temps : les lieux d'acquisition des blocs, de leur mise en forme pour préparer la production de lames, de ladite production, de l'utilisation des outils, puis de leur abandon, sont divisés entre différents lieux, parfois à très longue distance.
Une question se pose alors :
est-ce que les lames sont déplacées au sein d'une même communauté, ou circulent-t-elles par le biais d'échange(s) et de contact(s) entre plusieurs groupes ?
Il n'est pas encore temps d'apporter une réponse précise à cette interrogation, mais il est certain que
les lames ont continué à circuler avec ou entre les communautés, bien longtemps encore après le Magdalénien moyen ancien, puisque quelques siècles après, un fagot de grandes lames sera abandonné à la grotte Bouyssonie sans aucun indice, pour le moment, d'une production sur place.
Les légendes et contenus détaillés de ces trois panneaux d’exposition sont téléchargeables en PDF en bas de page.
Remerciements et crédits
Les chercheur/euses remercient la Ville de Brive et le musée Labenche pour leur soutien financier et logistique, dans le cadre du chantier de fouilles de la grotte Bouyssonie et de cette exposition. Ils et elles remercient également la Région Nouvelle-Aquitaine pour le financement du projet BigBlade, ainsi que le Ministère de la culture, la DRAC Nouvelle-Aquitaine et le Service régional de I'Archéologie Nouvelle-Aquitaine, antenne de Limoges, pour le financement et le suivi scientifique des fouilles programmées de la grotte Bouyssonie. Elles et ils remercient, enfin, les laboratoires partenaires (UMR PACEA, UMR TEMPS, UMR CReAAH) ainsi que l'ANR TAIHA (ANR-21-CE27-0007) et le RT Silex qui, par leurs soutiens, ont permis la réalisation de ces études.
Photographies : E. Lesvignes (technologie), J. Jacquier et M. Ballinger (tracéologie), V. Delvigne (pétro-archéologie) - DAO panneaux : E. Lesvignes - Impression des panneaux exposés : AREDEP REPRO - PAO ressources en ligne : Z. Darsy - Conception et contenus : E. Lesvignes, M. Langlais, V. Delvigne, M. Bocquel, J. Jacquier - 2026
E. Lesvignes, Archéophotographe, chercheuse indépendante, UMR TEMPS ;
M. Langlais, Etude des industries lithiques, Directeur de recherches CNRS, UMR PACEA ;
V. Delvigne, Pétro-archéologue, Chargé de recherches CNRS, UMR TEMPS ;
M. Bocquel, Etude des industries lithiques, doctorante à l'université de Bordeaux, UMR PACEA ;
J. Jacquier, Tracéologue, chercheur indépendant, UMR CReAAH, en reconversion.